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Conseils

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En quoi la pratique de la spéléologie au Laos est-elle différente ?

Zéro prise de risque, évidemment !

La spéléo n’est pas un sport dangereux. Mais au Laos, comme ailleurs en spéléologie d’expédition, il faut être plus vigilant que jamais et s’interdire toute situation à risque. Qu’est-ce qui est donc différent par rapport à une sortie du week-end sur nos causses ?

-il n’existe aucun Spéléo Secours sur lequel s’appuyer en cas de pépin ;

-la structure hospitalière la plus proche est loin, à une journée de route au moins, lorsqu’il y a une route !

Nous avons la chance de compter parmi nos membres plusieurs médecins, rompus aux bricolages chirurgicaux en zone tropicale. Comme ils se rendent régulièrement utiles, nous seront donc gentils et prévenants avec eux, tout en évitant de tomber entre leurs mains…

On sera également vigilant vis à vis de la faune, potentiellement plus dangereuse que dans nos contrées. Les entrées des cavités hébergent toujours des serpents extrêmement venimeux, grands prédateurs de chauves-souris, actifs principalement au coucher et au lever du soleil. Il n’est pas possible de disposer de sérum antivenin…

Topographie

On topographie systématiquement en même temps qu’on explore, et chaque équipe comporte au moins un topographe.

L’ivresse de la première est terrible. Au Laos, on pourrait galoper parfois sur des kilomètres. Prétendre qu’on lèvera la topographie au retour, alors qu’on est souvent en retard pour rejoindre les copains, relève de l’inconscience ou de la mauvaise foi. La principale différence avec les sorties du week-end chez nous, c’est qu’il est fréquent qu’on ne revienne plus dans la même cavité, simplement parce qu’il y a à faire ailleurs. Nos explorations se planifient en fonction de l’avancement des découvertes, et la topographie est un instrument incontournable pour définir les objectifs au jour le jour. Alors, on topographie TOUJOURS à l’aller, pour être sûr de ne pas rentrer les mains vides. Et du coup, on découvre que c’est tout aussi bien, qu’on a le temps de repérer la présence de galeries annexes, de remarquer des fractures qui indiquent où pourrait se trouver la suite du réseau… On comprend bien vite que finalement, on ira plus loin, sans jamais courir le risque de rentrer les mains vides.

Taille des galeries, longueur des réseaux, et éclairage

Il n’est pas rare de tomber sur des galeries de plus de 30 m de diamètre. Un éclairage puissant est donc indispensable. Depuis 2010, nous avons abandonné l’acétylène sans aucun état d’âme, et adopté l’éclairage à LEDs. Personne ne regrette cet investissement coûteux qui permet, à poids égal, de disposer d’une autonomie largement supérieure à celle du carbure.

On parcourt souvent plusieurs kilomètres sous terre. Dans les plus grands réseaux, les bivouacs sont devenus indispensables. Et, de plus en plus, les expéditions se déroulent dans des zones éloignées, sans électricité.

Il faut donc disposer d’accus de rechange en quantité suffisante pour ne pas coincer en panne de lumière.

Équipement

La quincaillerie (baudrier, descendeur et bloqueurs) reste classique, mais surtout pas la combi ! Il fait beaucoup trop chaud sous terre (minimum 20-22°C) pour supporter même un simple bleu de travail. On se vêtira d’un pantalon en toile légère et d’une chemise à manches longues. La chemise est pratique parce qu’elle peut s’ouvrir largement, ce qui permet d’avoir moins chaud. Evitez les manches courtes, tout comme les T-shirts et les shorts, pour limiter les écorchures – qui s’infectent rapidement en raison de la moiteur permanente – et les piqûres d’insectes, fréquentes dans les entrées et lors du retour au camp à la tombée de la nuit. On peut s’habiller à vil prix au marché de Thakhek ou en Thaïlande.

Attention au sable dans les chaussures : sur des pieds maintenus humides pendant plusieurs jours (transpiration, immersions fréquentes), il peut provoquer une abrasion de la peau brutale et invalidante. Pour éviter l’érosion, et malgré la température, certains préfèrent porter des chaussettes Néoprène fines. Une hygiène soigneuse est alors nécessaire pour empêcher mycoses et autres infections locales.

Un canot pneumatique et le gilet de sauvetage associé pourront être indispensables en fonction du programme de l’expédition. Le canot doit être monoplace, et capable de porter un spéléo et son kit (charge utile 100-120 kg).

Les repas sous terre sont invariablement composés de pâtes chinoises instantanées ou de riz gluant, enrichis de thon ou de sardines à la tomate… Une orange ou une banane terminent le festin. Pas vraiment de la haute gastronomie, mais la ration est compacte et énergétique. Dans ce contexte, on devine aisément qu’une rondelle de saucisson puisse être un complément festif hautement apprécié. Prévoir un petit réchaud à carburant solide (méta) qui servira à préparer soupe et thé. Les réchauds à essence ne sont pas adaptés à nos pratiques et, dans notre équipe, ont été abandonnés même par leurs adeptes les plus fervents. Et le camping-gaz ne se trouve pas à l’étranger !

Au Laos, on boit beaucoup sous terre – 2 à 3 litres par jour – de l’eau ! Il faut toujours avoir un litre d’eau en réserve. L’eau doit être systématiquement désinfectée (pastilles “micropur”) pour éviter des problèmes intestinaux invalidants. Il n’y a pas de vasque d’eau claire inoffensive au Laos, car les animaux pénètrent parfois très loin sous terre pour s’abreuver, apportant avec eux bactéries et parasites indésirables.

Nous sommes le plus souvent hébergés dans les villages. Notre présence constitue généralement une attraction quotidienne inhabituelle et nous vivons en permanence sous l’oeil intéressé de nos hôtes. Il faut donc être vigilants pour que nos faits et gestes ne les choquent pas. Voir ici quelques conseils utiles.

Pour pouvoir bénéficier d’un minimum d’intimité, vous pouvez utiliser une petite tente autoportante, qui servira en même temps à éviter que vos effets personnels envahissent progressivement l’espace vital de vos voisins. Elle jouera surtout le rôle vital de moustiquaire et évitera que des bestioles indésirables viennent nicher dans votre sac de couchage. Il n’est pas indispensable d’en monter le double toit, mais il est préférable de l’avoir sous la main en cas de gros orage et bien sûr lors des bivouacs en brousse.

Il n’y a pas de risque significatif de vol dans les villages, mais n’exposez pas ostensiblement vos “richesses” pour ne pas encourager le chapardage.